Folamour est souvent associé à une image immédiatement heureuse : chemises amples, chapeau, sourire et disco joué face à une foule baignée de soleil. Cette image n’est pas fausse, mais elle ne raconte qu’une partie de son travail. Derrière la générosité de ses sets se trouve un musicien qui refuse de choisir entre le club, l’album, le sample, les instruments et l’écriture personnelle.
Bruno Boumendil a progressivement déplacé son projet. Les premières productions, construites autour de boucles soul et disco, ont ouvert la voie à des disques de plus en plus orchestrés. De Umami à Movement Therapy, sa house devient moins une formule qu’une manière de parler du mouvement, de la liberté et du soin collectif.
Chez Folamour, la lumière n’efface pas la profondeur : elle devient une manière de la partager avec le dancefloor.
Lyon, les instruments et le besoin de chercher
Né en 1990, Bruno Boumendil arrive enfant à Lyon. Il se forme à la guitare, à la basse, à la batterie et aux percussions. Avant de se concentrer sur la house, il explore la pop, le jazz et plusieurs formes de composition. Cette pratique instrumentale explique son goût pour les arrangements qui respirent au-delà d’une grille répétitive.
Lyon joue un rôle essentiel. La ville lui offre une scène à taille humaine, des disquaires, des clubs et un réseau permettant d’essayer plusieurs identités. Il fonde ou dirige des structures comme Moonrise Hill Material et FHUO Records, afin de publier sa musique et soutenir une vision indépendante.
Umami : le goût de plusieurs mondes
En 2017, Umami installe Folamour auprès d’un public international. Son titre reprend le terme japonais désignant une saveur difficile à réduire aux catégories habituelles. L’album mêle house, disco, jazz et hip-hop avec une attention particulière aux textures.
Des morceaux comme « Devoted to U » ou « These Are Just Places to Me Now » montrent son talent pour le sample. Il ne cherche pas uniquement la boucle la plus efficace : il choisit des fragments chargés d’émotion, laisse entendre leur grain et construit autour d’eux une progression chaleureuse.
Ordinary Drugs : sortir de l’étiquette feel-good
Ordinary Drugs, publié en 2019, élargit considérablement la palette. Bruits de nature, passages ambient, écriture plus introspective et rythmes de club cohabitent. Le titre évoque les dépendances ordinaires, les habitudes et les mécanismes intimes qui façonnent la vie quotidienne.
Cette profondeur reste parfois masquée par le succès de ses sets. Une Boiler Room filmée à Édimbourg en 2019 devient virale, notamment lorsqu’il joue « Gimme! Gimme! Gimme! » d’ABBA devant un public euphorique. Le moment résume son talent de DJ, mais Folamour expliquera ensuite qu’il ne souhaite pas être réduit à cette séquence.
Le DJ comme hôte
La force de Folamour derrière les platines vient moins de la démonstration technique que de sa manière d’accueillir. Ses sets peuvent traverser disco, funk, house, soul, percussions africaines et morceaux populaires sans installer de hiérarchie rigide entre le rare et le connu.
Cette ouverture ne signifie pas absence d’exigence. Construire un moment collectif suppose de lire la foule, d’accepter la joie et de savoir quand surprendre. Le DJ devient un hôte qui prépare un espace, puis laisse les danseurs se l’approprier.
The Journey et Manifesto : écrire davantage
Avec The Journey en 2021, puis Manifesto en 2023, Folamour s’éloigne progressivement d’une production exclusivement fondée sur les samples. Il enregistre davantage d’instruments, écrit des textes et multiplie les collaborations. Manifesto réunit notamment Amadou & Mariam, Emmanuel Jal, Jungle By Night, Khazali et Tim Ayre.
Le disque parle d’amour et de liberté, mais sans présenter ces thèmes comme des slogans naïfs. « Voyage », « Birds », « Alive » ou « Fearless » utilisent cordes, cuivres, voix et pianos pour donner au projet une échelle presque orchestrale. La house reste le mouvement central, mais elle accueille désormais une écriture de chanson plus affirmée.
Movement Therapy : danser comme réponse
En juin 2025, Movement Therapy prolonge cette évolution avec quatorze morceaux. Le titre affirme que le mouvement peut aider à traverser la pression, l’isolement ou la perte. L’album ne propose pas la danse comme solution magique : il la présente comme une pratique qui remet les corps et les personnes en relation.
« All Dancing Under The Same Sky », « Ça Va Aller », « Pressure Makes Diamonds » ou « Everyone’s Beautiful When They Do What They Love » donnent à cette philosophie une forme explicite. Le musicien solaire des débuts n’a pas disparu ; il a trouvé un vocabulaire plus précis pour expliquer d’où vient cette lumière.
Six morceaux pour suivre son évolution
- Devoted to U — L’art du sample soul transformé en déclaration house lumineuse.
- These Are Just Places to Me Now — Une mélancolie voyageuse cachée dans un groove immédiatement accessible.
- I Miss Having Someone to Talk To — Le versant intime et solitaire derrière l’image festive.
- Voyage feat. Amadou & Mariam — La rencontre entre écriture de chanson, instruments et pulsation électronique.
- Alive — Une orchestration ample qui assume pleinement l’émotion et la voix.
- All Dancing Under The Same Sky — Le manifeste collectif de sa période Movement Therapy.
Pourquoi Folamour compte dans la house française
Folamour représente une génération qui a redécouvert les samples disco sans se contenter de reproduire la French Touch. Son parcours montre comment cette esthétique peut mener vers le live, la chanson, les collaborations internationales et des albums conçus comme des récits complets.
Sa house solaire n’est donc pas une fuite hors du réel. Elle affirme que la joie peut être travaillée, composée et partagée avec sérieux. Dans une époque saturée d’images rapides, Folamour défend la durée : de longs sets, des albums, des labels et une relation construite avec le public. La lumière devient une discipline.