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Greg Di Mano — de « New York To Paris » à la Matinale FG, l’archive fragmentée d’un passeur de house

Entre le vinyle « New York To Paris », les années Choice House et la Matinale FG, le parcours de Greg Di Mano raconte une house française dont les archives circulent davantage dans les clubs que dans les biographies.

Greg Di Mano souriant avec son casque devant le logo de Radio FG
Greg Di Mano à Radio FG — Photo promotionnelle : profil officiel SoundCloud de Greg Di Mano

La mémoire de la house française des années 2000 ne tient pas seulement dans les albums devenus classiques, les grandes photographies de clubs ou les carrières internationales abondamment racontées. Elle subsiste aussi dans des maxis épuisés, des compilations de radio, des pages de disquaires et des morceaux dont les crédits changent légèrement d’une base à l’autre. Greg Di Mano appartient à cette histoire plus difficile à stabiliser. Animateur, DJ, producteur et remixeur, il a évolué à l’endroit précis où se rencontraient l’antenne, le vinyle et le dancefloor.

Son titre le plus immédiatement reconnaissable reste New York To Paris, construit avec MC Adrian autour d’un imaginaire cosmopolite parfaitement accordé à la club culture du début du siècle. Mais réduire Di Mano à ce maxi ferait disparaître l’essentiel : une formation audiovisuelle, une longue carrière radiophonique, un premier cycle à Radio FG entre 2001 et 2008, des productions publiées notamment autour de Choice House, puis un retour à l’antenne qui l’a conduit jusqu’à l’actuelle Matinale FG. L’enquête oblige toutefois à accepter les blancs : aucune biographie centralisée ne permet de reconstituer sans réserve chaque date, chaque poste ou chaque pressage.

Chez Greg Di Mano, la radio n’est pas le commentaire extérieur de la culture club : elle est la pièce où les morceaux sont testés, nommés, répétés et finalement transformés en souvenirs.

Une biographie à reconstruire par fragments

Les archives disponibles imposent une méthode prudente. Le profil SoundCloud présenté comme officiel le décrit aujourd’hui comme animateur de Radio FG, DJ, producteur et remixeur, mais ne déroule pas sa carrière. Beatport conserve une partie de ses productions sans documenter ses années de formation. Apple Music privilégie quelques sorties numérisées, notamment Gloria et des travaux plus tardifs, tandis que MusicBrainz confirme surtout des apparitions sur compilations. Les archives radiophoniques complètent l’ensemble, mais avec des chronologies parfois simplifiées.

Il serait donc trompeur de fabriquer un récit parfaitement continu. Les sources consultées ne permettent pas d’établir une date de naissance, et elles ne justifient pas davantage l’attribution d’une résidence permanente dans un club précis. Elles ne fournissent pas non plus de classement commercial suffisamment solide pour parler de « hit » au sens statistique. Ce qui apparaît en revanche nettement, c’est une continuité professionnelle entre technique radiophonique, animation, sélection musicale et production house.

De la formation audiovisuelle au premier micro

Un profil professionnel public attribué à Greg Di Mano mentionne un BTS audiovisuel obtenu en 1995 au Studio École de France. Une publication présentant d’anciens élèves de l’établissement le répertorie également comme animateur. Le même profil situe sa première expérience radiophonique au 30 mars 1996, information autobiographique qu’il convient de traiter comme telle, faute d’archive d’antenne accessible permettant de la recouper intégralement.

Cette formation éclaire néanmoins son parcours. À la radio, la voix n’est qu’une partie du métier : il faut comprendre le rythme d’une tranche, les enchaînements, les niveaux, la réalisation, les décrochages et la manière dont une musique entre ou sort d’un programme. Dans la house, des compétences comparables déterminent la lisibilité d’un morceau : installer une pulsation, annoncer un motif, préparer une rupture et restituer l’énergie sans saturer l’espace. Di Mano se forme ainsi dans un environnement où la technique et la présence au micro ne sont jamais totalement séparées.

Radio FG, premier cycle : 2001-2008

La période la mieux documentée commence en 2001. La presse professionnelle de la radio situe Greg Di Mano sur Radio FG de 2001 à 2008 et cite notamment Before FG et Breakfast FG. Le choix des titres résume déjà l’amplitude du personnage : le « before » accompagne la montée vers la nuit, tandis que le « breakfast » organise le retour au jour. Peu d’animateurs peuvent habiter avec la même cohérence les deux extrémités du cycle club.

Au début des années 2000, FG occupe une position particulière dans l’écosystème français. La station ne se contente pas de diffuser de l’électronique : ses émissions, ses compilations et ses événements forment une infrastructure de circulation. Un morceau peut passer du bac d’un DJ à une émission, rejoindre une compilation Dancefloor FG, puis revenir dans les clubs avec la légitimité supplémentaire de la radio. Greg Di Mano travaille au cœur de cette boucle au moment même où la house française dépasse l’étiquette French Touch pour devenir un continuum plus large, mêlant disco filtré, tribal house, vocal house et sonorités électro.

Le DJ-producteur derrière le professionnel de l’antenne

Avant New York To Paris, le maxi Comes Around constitue une trace importante. Une édition française de 2001 est documentée sur le label Da Bitchie Boyz, référence DBB 004, avec un Legendary Original Mix et un remix de Sami Dee. Le format raconte son époque : deux faces, deux interprétations longues, pensées pour être comparées et travaillées par les DJ plutôt que consommées comme un simple single radio.

Comes Around permet aussi de replacer Di Mano dans une house française qui ne se limitait pas aux grandes maisons de disques. Autour des succès visibles existait une économie de petits labels, de white labels, de boutiques spécialisées et de programmateurs. Les producteurs y construisaient leur identité morceau après morceau. Les catalogues numériques actuels donnent l’illusion d’une discographie naturellement ordonnée ; le vinyle rappelle au contraire que cette musique vivait par objets isolés, parfois mieux mémorisés par une pochette ou une référence de catalogue que par une biographie.

« New York To Paris », un itinéraire devenu refrain

Publié sur Choice House en 2003 selon les catalogues de vinyles consultés, New York To Paris associe Greg Di Mano à MC Adrian. Le maxi Choice House 02 réunit un club mix, un radio edit et un remix de V-Traxx. Une autre version, attribuée à Jérôme de Palma, figure dès janvier 2003 sur la compilation Dancefloor FG Vol. 4. La présence du morceau sur plusieurs compilations européennes et internationales confirme sa circulation, sans permettre pour autant d’en déduire un classement de ventes.

Le disque transforme la géographie en dispositif rythmique. La voix masculine de MC Adrian énumère des villes comme autant de points de passage, tandis que la production maintient une pulsation house directe, organisée pour laisser de l’espace au texte. L’efficacité vient moins d’une mélodie traditionnelle que de la répétition, du phrasé et de la sensation de déplacement. New York et Paris ne sont pas présentées comme deux écoles rivales : elles deviennent les extrémités d’un même trajet nocturne, prolongé vers Londres, Los Angeles, Tokyo, Amsterdam, Milan ou Barcelone.

Cette cartographie dit beaucoup de la house européenne de 2003. Les DJ français regardent vers les héritages américains tout en travaillant pour Ibiza, les radios nationales et un réseau continental de clubs. La voix de MC Adrian apporte au morceau une présence new-yorkaise stylisée ; la fabrication et la diffusion françaises en font un objet transatlantique. En remettant le club mix sur son SoundCloud officiel en juillet 2025, Di Mano l’a lui-même qualifié de classique house. Ce geste tardif est précieux : il restitue une pièce que les plateformes avaient laissée en marge.

Choice House et « My Father Is Not Happy »

My Father Is Not Happy, à nouveau avec MC Adrian, prolonge cette association en 2004. Beatport en conserve trois versions sur Choice House : l’original mix, un remix de DJ Flex et Sandy Wilhelm, ainsi qu’une acapella. Cette dernière n’est pas un supplément anecdotique. Dans la culture DJ, publier une voix isolée revient à autoriser de nouvelles combinaisons : la phrase peut être posée sur un autre instrumental, devenir un outil de transition ou ressurgir dans un set plusieurs années plus tard.

Le titre possède l’humour sec d’un slogan de club. Là encore, la voix ne sert pas à raconter une histoire complète ; elle agit comme une accroche théâtrale, immédiatement identifiable. La production privilégie la tension et la fonctionnalité, avec une structure suffisamment ample pour le mix. Choice House apparaît ainsi moins comme un simple nom de label que comme le foyer d’une formule : des morceaux vocaux, internationaux dans leur diction, mais calibrés par une culture française de la radio et du maxi.

« Barcelona » et le tournant électro-house

Les archives de Barcelona (Me Lo Paso Muy Bien) sont plus complexes. MusicBrainz documente la version remixée par Ian Carey, créditée à Greg Di Mano versus Tim B. avec Cisily, sur Dancefloor FG : Le Mix Hiver 2006. Le disque, compilé et mixé par Didier Sinclair, est sorti en France le 9 janvier 2006. Un maxi Royal Flush de la même période rassemble le remix d’Ian Carey, un Dub Edit et une version de Danny Freakazoid et D. Jimenez. Certaines discographies secondaires mentionnent une première étape en 2005, mais les métadonnées disponibles ne suffisent pas à en fixer précisément toutes les modalités.

Musicalement, Barcelona se situe dans une phase où la house européenne se durcit. Les basses prennent plus de place, les breaks deviennent plus démonstratifs et les remixes circulent entre funky house, tribal et électro-house. Le titre conserve pourtant la logique de New York To Paris : faire d’une ville un mot de passe collectif. « Me lo paso muy bien » ne décrit pas Barcelone ; la formule produit immédiatement une humeur de vacances, de terrasse et de club international. La ville devient un décor mental transportable sur n’importe quel dancefloor.

« Gloria » et l’élargissement vers la dance vocale

Avec Gloria, interprété par Tommy Snyder, le spectre s’élargit encore. Apple Music date le single du 30 août 2006, tandis qu’un référencement de l’édition vinyle Scorpio indique juillet 2006. Les crédits commerciaux associés au maxi mentionnent Greg Di Mano, Joachim Garraud et Jean-Marie K à la production. Cette collaboration est suffisamment documentée pour être retenue, contrairement à d’autres attributions rencontrées sur des pages non vérifiables.

Le morceau se tourne davantage vers la chanson dance : format radio, voix centrale et production plus brillante. Il ne renie pas la mécanique du club, mais cherche un point d’équilibre entre refrain et version étendue. Ce passage est caractéristique du milieu des années 2000, lorsque des producteurs issus des radios et des maxis house travaillent de plus en plus à la frontière de la programmation grand public. Di Mano n’abandonne pas le dancefloor ; il tente de traduire son efficacité dans une forme immédiatement diffusable.

Départs, retours et continuité radiophonique

Après son premier cycle chez FG, Greg Di Mano poursuit sa carrière dans plusieurs réseaux. La presse spécialisée mentionne quatre années à Virgin Radio, puis deux saisons au sein du Groupe 1981, sur Ado FM et Voltage, où il prend notamment en charge une matinale. En mars 2013, il rejoint officiellement l’équipe de Voltage réveille Paris avec Séverine Ferrer et Jordan. Ces passages montrent que son savoir-faire radiophonique dépasse le strict cadre d’une station électronique.

Le 19 janvier 2015, il revient à Radio FG pour animer la tranche de 14 heures à 17 heures. En septembre 2016, il rejoint de nouveau Breakfast FG, alors présenté par Laurence Roustandjee. Cette chronologie documentée dessine moins une succession de ruptures qu’un mouvement d’aller-retour : Di Mano acquiert l’expérience des formats généralistes, des flux et des matinales, puis réinjecte cette expérience dans une radio historiquement liée aux DJ.

La Matinale FG, ou la culture club au réveil

En juillet 2026, la grille officielle de Radio FG présente toujours Greg Di Mano à la tête de La Matinale FG, du lundi au vendredi de 6 heures à 10 heures, avec les informations et chroniques d’Antony Harari. L’émission associe musique, actualité, jeux, cadeaux et un minimix quotidien. Le détail est significatif : même dans un format de réveil, le mix demeure un élément distinctif.

Cette présence actuelle referme provisoirement le cercle commencé avec Breakfast FG. Le DJ-producteur de New York To Paris n’est pas seulement invité à commenter rétrospectivement les années 2000 ; il participe encore à la manière dont une radio électronique organise le quotidien. Sa mémoire n’est donc pas purement patrimoniale. Elle se transmet dans une pratique régulière de l’antenne, entre disques classiques, nouveaux titres, parole en direct et formats courts.

Ce que les lacunes racontent de la house française

Les zones manquantes de cette histoire ne sont pas un défaut secondaire. Elles révèlent les conditions matérielles d’une époque. Les labels ont fermé ou changé de distributeur, les catalogues ont été réimportés sans leurs notices originales, certains maxis n’ont jamais reçu de véritable réédition numérique et les crédits de compilation ont parfois écrasé ceux des versions longues. Même les dates peuvent varier entre le pressage vinyle, la mise en vente, l’entrée sur une compilation et une publication numérique beaucoup plus tardive.

Greg Di Mano incarne ainsi une mémoire intermédiaire, moins spectaculaire que celle des vedettes mondiales, mais indispensable pour comprendre le fonctionnement réel de la house française. Son parcours relie le technicien au présentateur, le présentateur au DJ, le DJ au producteur et le producteur au programmateur. New York To Paris demeure le symbole parfait de cette circulation : un morceau voyageant entre villes, supports et générations, jusqu’à sa remise en ligne officielle plus de vingt ans après son premier cycle de diffusion.

Huit morceaux pour retrouver Greg Di Mano

  1. Greg Di Mano — Comes Around (The Legendary Original Mix)

    Le maxi de 2001 expose le versant le plus directement lié au vinyle : un groove étendu, conçu pour le mix et accompagné d’une relecture de Sami Dee.

  2. Greg Di Mano feat. MC Adrian — New York To Paris (Club Mix)

    La pièce centrale de son catalogue. La voix transforme une liste de métropoles en refrain, tandis que la production donne au voyage une continuité de dancefloor.

  3. Greg Di Mano — New York To Paris (Jérôme de Palma Mix)

    Présente sur Dancefloor FG Vol. 4 en janvier 2003, cette version documente le rôle des compilations radio dans la diffusion du titre.

  4. Greg Di Mano feat. MC Adrian — My Father Is Not Happy (Original Mix)

    Une house vocale fondée sur la répétition et l’autorité du slogan, publiée sur Choice House avec des versions destinées aux usages des DJ.

  5. Greg Di Mano feat. MC Adrian — My Father Is Not Happy (Acapella)

    La voix seule révèle la dimension d’outil du maxi : un matériau ouvert aux superpositions, aux bootlegs de cabine et aux transitions.

  6. Greg Di Mano vs. Tim B. feat. Cisily — Barcelona (Me Lo Paso Muy Bien) (Ian Carey Remix)

    Le morceau inscrit Di Mano dans le basculement de 2005-2006 vers une house européenne plus massive, estivale et électrisée.

  7. Greg Di Mano feat. Tommy Snyder — Gloria (Original Radio Edit)

    Une tentative documentée de rapprocher production club et chanson dance, avec une voix centrale et un format pensé pour l’antenne.

  8. Didier Sinclair & DJ Chris Pi — Groove 2 Me (Greg Di Mano Remix)

    Cette relecture, aujourd’hui présente chez Beatport et Apple Music, rappelle que son identité de producteur s’est aussi construite dans le remix et le dialogue avec l’histoire de FG.

Sources et prolongements